Allocution de Claude GEWERC, 09/07/2010

Allocution de Claude GEWERC
Président du Conseil régional de Picardie

Présentation de la Conférence régionale et
Parrainages de demandeurs d’asile,
avec le Réseau Education Sans Frontières
Vendredi 9 juillet

Longtemps, la Picardie, terre d’invasions et de passage, a été également terre d’accueil. Des femmes et des hommes venus notamment du Portugal, de Belgique, d’Espagne, d’Italie, de Pologne, du Maghreb de Turquie, d’Afrique, d’Asie ont fait leur vie en Picardie, y ont fondé une famille, et sont devenus des Picards fiers de leur région !! Aujourd’hui, d’autres exilés arrivent pour refaire leur vie, en terre picarde comme dans d’autres régions françaises, après avoir fui leurs pays, par impossibilité d’y vivre, en raison des situations politiques, économiques ou environnementales… Et la Picardie se veut toujours terre d’accueil : à l’école, dans les entreprises et les syndicats, dans les associations et les partis politiques, les nouveaux arrivants contribuent à la richesse multiculturelle de la société picarde, à son ouverture internationale ainsi qu’à sa prospérité économique.

A la lumière de cette expérience, on ne peut que s’inquiéter de voir se développer, tant en France que dans le reste de l’Europe, et plus dramatiquement ces dernières années, diverses formes de xénophobies et de discriminations. La construction politique de l’étranger comme problème de société, comme risque pour l’identité nationale ou comme menace économique est non seulement fausse, mais également injuste pour les personnes stigmatisées. En outre, elle dissimule les vraies contradictions de notre société et porte le germe des dérives et des violences menaçant la démocratie du pays et du continent européen, qui ont déjà été victimes à plusieurs reprises de cataclysmes provoqués par la remontée des nationalismes xénophobes.

La mémoire des années 30 doit nous rappeler que les périodes de crises économiques majeures, comme celle dans laquelle nous venons d’entrer, sont des moments où les peurs de l’autre, la recherche de bouc- émissaires s’accroissent et, avec elles, les tensions identitaires et géopolitiques. Dans ce contexte, la création d’un ministère de l’identité nationale et de l’immigration, dont la République avait jugé utile de se passer depuis deux siècles, relève d’une idéologie délétère qui institutionnalise des pensées de méfiance, et exacerbe les oppositions communautaires.

Je suis fier que ce parrainage ait été organisé en Région. L’attestation de parrainage qui va vous être remise est une première reconnaissance « officielle » de notre volonté que vous viviez parmi nous, reconnaissance délivrée par des élus du peuple ! Il n’y a pas de fatalité à ce que vous ayez peur, pas de fatalité que vous deviez vivre cachés. Vos parrains et marraines du Réseau éducation sans frontières ont témoigné que vous aviez tissé des réseaux d’amitié, de travail, dans notre société. Ensemble, nous devons considérer que ce parrainage est un acte de vigilance et de résistance face à une politique d’exclusion, de non-respect des personnes, et de renvoi, dans des conditions inacceptables, dans vos pays d’origine…

Je voudrais saluer le travail remarquable du Réseau éducation sans frontières, qui a encore une fois, ce mercredi, permis de stopper une expulsion : je veux parler du jeune Carl, lycéen parfaitement intégré dans un établissement de l’Oise, accueilli par sa tante à Méru, sérieux et travailleur, sportif de bon niveau, qui était sur le point d’être renvoyé au Burkina Fasso. Son souhait : poursuivre des études, aider sa mère, restée au Burkina… La mobilisation des militants de RESF, l’intervention de certains passagers à Roissy ont permis de « libérer » Carl, et je formule le vœu que sa situation soit régularisée très rapidement ; il est d’ailleurs inscrit dans la classe supérieure pour la rentrée prochaine.

Je voudrais également souligner les conditions déplorables dans lesquelles vivent un certain de personnes, de familles, en attente de régularisation… J’en veux pour preuve un courrier, que j’ai tout récemment reçu, dénonçant la situation insupportable de demandeurs d’asile à Beauvais : sans d’hébergement, ils étaient en butte à la violence et à l’insécurité. Au final, 20 adultes et 2 enfants ont pu s’installer sur le site du camping de Beauvais, un minimum de confort pour ces familles épuisées par les nuits passées dehors… Et ce n’est pas un cas isolé. Il y a clairement, en Picardie, un déficit au niveau de l’accueil des demandeurs d’asile, accueil que l’Etat doit prendre en charge !

Dernier point, qui accroit encore les difficultés des nouveaux arrivants : les démarches administratives auxquelles ils sont soumis sont aujourd’hui centralisées dans une seule préfecture, celle de l’Oise, ce qui pose, bien évidemment, un gros problème d’organisation et de transport !

J’ai l’honneur de lancer aujourd’hui, avec Réseaux éducation sans frontières, plusieurs mois débat public en Picardie. Les objectifs sont ambitieux, mais la démarche est nécessaire. Il s’agit de :

- Contribuer à la formation des citoyens en Picardie sur les mobilités internationales,
- Améliorer la situation sociale et l’accueil des exilés dans la société française
- Défendre les valeurs d’une société humaniste, ouverte au monde.

Nous sommes convaincus que les Picardes et les Picards souhaitent comprendre, être informés, participer. Il nous faut, ensemble, débattre de ces questions et élaborer des propositions concrètes, qui feront l’objet d’un rapport final lors de la Conférence régionale qui clôturera les discussions et le débat.

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